« S » comme Silence
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Silence dans les hauteurs (stratosphère), silence dans les profondeurs de la terre (grottes), silence des fonds marins – il y eût le film du commandant Cousteau intitulé Le Monde du Silence. Le silence impressionne, est mal supporté parmi les humains. Il n'est pas que l''absence de bruit. Est – il vide, vacuité, ou bien l'inverse, lourd, pesant, mais plein ? N'est –il insupportable que parce qu'il est toujours lesté d'une lourdeur, d'une densité dont il est l'indice, le signe ? Que de temps et de lieux, où le silence s'impose, signes de cette densité. Silences scolaires où celui qui apprend se prépare à accueillir le savoir ; mortuaires, où bute l'élan de la vie ; nationaux, de nos minutes de silence pour surmonter le tragique et l'effroi. Silences de certains lieux de souffrance comme nos cliniques, des laboratoires, lieux de la recherche scientifique, des ateliers d'artistes (et des musées) qui ont besoin de trouver ce silence intérieur pour créer. Silence devant la page blanche de l'écrivain ou du compositeur. Tout silence de larmes appelle soit la parole mesurée, retenue, soit l'invocation, sinon c'est l'indécence et presque une profanation. Le silence comme profondeur de l'existence appelle paradoxalement le silence et il n'est rompu qu'avec délicatesse et souvent maladresse. Cependant, le silence des lieux est si pesant que ceux - ci sont devenus intolérables sinon grâce à un dosage fin entre l'audible et le vide : musique douce, tamisée, qui rend supportable le silence des églises, murmures accompagnant une installation. Un artiste comme Hans op de Beeck propose une installation de sable et de bivouacs, désertique, accompagnée de murmures enregistrés. Il intitule cette création : Le jardin des murmures. Ces silences de la positivité, doivent faire oublier les usages négatifs du silence et ils sont nombreux. Laissons – les. Car, une question essentielle se pose : y aurait – il eu un silence originaire que les hommes cherchent à retrouver, silence créateur et jaillissement du premier son, parole, crissement de lumière ? Vladimir Jankélévitch (philosophe) va aussi dans ce sens . Il écrit : « l'homme attentif creuse à travers l'épaisseur de bruit qui l'environne pour découvrir les couches transparentes du silence ; puis il pénètre à l'infini dans la profondeur du silence pour découvrir la plus secrète de toutes les musiques (...) l'harmonie invisible est au – delà du silence »1.
Philos
1 Jankélévitch Vladimir La musique et l'Ineffable. Seuil. 1983.p.186.
