La consolation Maître Eckhart
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Introduction sur la consolation
Larmes, pleurs, souffrances, deuils, désolations appellent consolation. Mais s'affrontant à la douleur d'une perte chère ou d'un malheur inexorable et inconsolable, tout essai de consolation peut être vain. Échec de la consolation humaine ?
L'arc d'une histoire de la consolation plonge loin vers 587 avant J.C., dans la Bible, au livre d'Ésaïe[1]. L'autre branche de l'arc serait plus récente et surtout littéraire, de Plutarque à Montaigne. Entre ces deux points extrêmes, choisissons entre autres Boèce (VI° s) et Maître Eckhart (XIV°s). Boèce, ce philosophe romain, qui, dans sa prison, torturé et attendant son jugement, écrit « De la consolation de la philosophie », œuvre magistrale. Les « Études de rhétorique » constituées par la chaîne Plutarque, Montaigne, Céline, et clôturée par la reprise philosophique de Michaël Fœssel, ne souffrent pas la comparaison avec l'autre branche mentionnée. Les situations sont très différentes même si la consolation en est toujours le sujet.
Le prophète Ésaïe, dans le livre biblique portant son nom, présente un vrai « livre de la consolation », dans une situation massivement désespérée : tout un peuple est asservi et déporté. La violence s'est abattue sur un territoire et un peuple par la puissance et l'avidité d'un autre peuple. Le prophète Ésaïe prodigue soutien et accompagnement, donne espérance. Les images, le lyrisme, la poésie sont sollicités pour transmettre un message de relèvement, d'espoir, de dignité, de jours nouveaux à venir. Son souci majeur est de rappeler que le peuple a son Dieu, le seul consolateur fidèle et toute consolation vient de Lui. Boèce, mais aussi Maître Eckhart méditent sur cette consolation très spécifique, pour celui-ci dans un traité intitulé « le livre de la consolation divine [2]». Ce titre indique d'emblée d'où vient cette consolation, qui ne peut venir d'ailleurs et la seule pour prendre appui et être consolé, Dieu. La consolation est bien « divine », et Dieu le Consolateur. Est-ce l'échec de toute tentative humaine de consoler, Dieu seul pouvant surmonter l'excès de la souffrance, de la désolation et du malheur ?
Laissons la parole à Maître Eckhart (extrait du Livre De la Consolation divine)
« Si tu veux donc trouver pleine consolation et joie entière en Dieu,
veille à rester vide de toutes créatures,
de toute consolation venant des créatures.
Une chose est absolument certaine :
tant que les créatures te consoleront, pourront te consoler,
tu ne trouveras jamais de véritable consolation.
Mais quand rien ne pourra te consoler hormis Dieu, en vérité,
Dieu te consolera lui-même et, avec Lui et en Lui,
tout ce qui est joie.
Si ta consolation vient de ce qui n'est pas Dieu,
tu n'auras de consolation nulle part.
Mais si la créature ne te console pas et que tu ne lui trouves
plus aucun goût, tu trouveras ta consolation partout.
S'il était au pouvoir de l'homme de faire le vide complet dans une coupe et de la maintenir vide de tout ce qui peut la remplir, même d'air,
il est hors de doute que la coupe renierait et oublierait toute sa nature,
et sa vacuité l'emporterait jusqu'au ciel.
De même être dénuée, pauvre et vide de toute créature
élève l'âme jusqu'à Dieu.
Á cette hauteur entraînent également l'égalité et l'ardeur.
Dans la déité on attribue l'égalité au Fils,
l'ardeur et l'amour au Saint Esprit.
En toutes choses, tout particulièrement dans la nature divine,
l'égalité, c'est la naissance de l'Un, et cette naissance de l'Un,
dans l'Un et avec l'Un, c'est le principe et l'origine de l'amour
qui arde et éclôt.
Mais l'Un est principe sans principe, l'égalité n'est principe
que par l'Un et c'est à l'Un seul et en l'Un seul
qu'elle doit à la fois d'exister et d'être principe.
L'amour en revanche, tient de sa nature
de jaillir de la dualité et d'en sourdre en tant qu'un.
Un en tant qu'Un ne donne pas l'amour,
deux en tant que deux ne donne pas l'amour,
mais deux en tant qu'un donne nécessairement
un amour naturel volontaire et ardent »[3].
