Fraternités à inventer

« Fraternités » au pluriel annonce la diversité et « inventer », un mot qui a le pouvoir de faire surgir dans notre esprit toutes les inventions connues. Peut-il  exister des « fraternités à inventer », comme les chinois ont inventé la poudre à canon, les égyptiens la fourche (pour les plats) devenue la fourchette, comme furent inventés la radio, le téléphone, la machine à vapeur, et bien d'autres inventions dont on connaît la naissance comme le bouton ou la fermeture éclair ? Mais la fraternité s'invente t - elle ? Tout d'abord parce qu'elle est aussi vieille que l'humanité et que notre culture occidentale est habitée par cette histoire de deux frères : Caïn et Abel,

l'un cultivateur, l'autre éleveur. Entre eux, une rivalité surgit et débouche sur le meurtre de l'un d'eux. Il faudra qu'une fratrie diversifiée, masculine et féminine surgisse. La première, dissoute par la violence, devra se reconstituer, nouvelle extension et recommencement d'une fraternité composée de filles et garçons au gré des naissances. La fraternité semble se fabriquer, s'inventer au fil des époques et de l'histoire des familles, des couples, des enfants à naître, ou à disparaître (maladie,  mort).

Mais ce glissement de la fratrie à la fraternité et inversement ne va pas de soi.   Fratrie rivale, meurtrière, fratrie sans fraternité. Qu'est – ce que « être frère » sans oublier d'inclure dans le mot fraternité   les sœurs ? Le terme « sororité » existe mais est devenu obsolète et rare. « Être frère » ne rejoindrait-il pas un style d''amitié comme le philosophe Jacques Derrida pense, ne reprenant que les observations des philosophes grecs ? Des lycéens garçons ou filles disent  choisir un frère ou une sœur dans leur classe faisant bien la différence avec la « copine » ou le « copain ». D'ailleurs cela correspond à deux étapes de maturité, de croissance psychique. Étape attendrissante face à des familles exsangues, de un à deux enfants. Construction de  fraternités par certains jeunes qui, de l'inventivité font jaillir l'invention. Qu'en est–il des familles décomposées/recomposées avec les enfants des quatre parents ? Elles aussi inventent-elles de nouvelles fraternités, par alternances, avec des fratries bis recomposées, agglomérées, sinon juxtaposées, avec des filiations parfois à grand écart d'âges ?  La question « qu'est-ce qu'être frère » peut relever aussi de la dés - affiliation et de la ré - affiliation répondant à la question de tout être humain : « Qui suis-je ? ».  L'enfant n'est ni un « produit biologique », ni l' « objet de mon désir (d'enfant) » mais un « sujet », de soins, de reconnaissance, de recherche d'accomplissement de l'être à naître ou déjà né. L'enfant est un « sujet » en devenir et conçu tel, l'embryon humain ne donnera jamais ni un petit chat ni un petit chien. L'enfant est un être de relation inventeur de fraternités.

Marie-Danielle Grau

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