Éduquer à la liberté
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Éduquer, « pour quoi » en deux mots et « pourquoi » en un mot ? En deux mots, c'est « en vue de quoi ou quelle est la visée » en un mot on cherche les raisons. Répondons de manière un peu abrupte : pour ne pas faire de nos enfants des sauvageons, ni pour donner seulement de bonnes manières alors que le fond est inéduqué ? Mal, bien éduquer, la question centrale est celle-ci : qu'est-ce qu'éduquer ? Dans le contexte de nos sociétés liquides et même éclatées, la question posée se précise en celle-ci : « qu'est-ce qu'éduquer à la liberté ? » N'y a t – il pas un lien très spécifique et paradoxal concernant l'être humain : son statut d' être libre, et devoir vivre en société, heureux ensemble, du moins assuré d'une vie vivable ! Éduquer à la liberté s'impose ainsi comme une nécessité mais lourde d'une double tâche : « éduquer » et « la liberté » deux composantes constitutives de notre être et inséparables. Beau projet humain ! Le mot éduquer, par son origine latine,

induit une métaphore « educere : faire sortir ou conduire hors de ... » ce qui voudrait dire sortir définitivement du sein maternel et nous savons combien la mère joue un rôle de premier ordre dans l'éducation. Il faudra surtout que, pour éduquer, elle éjecte son enfant une seconde fois, peut-être plusieurs fois et non en faire un objet à soi et pour soi. L'espace de liberté sera t – il pour l'enfant comme les cercles concentriques qui se forment d'un diamant unique lancé dans une pièce d'eau ? Cercles de plus en plus grands à partir d'un centre ? Le petit d'homme, de sa naissance à sa vie d'adulte connaîtra cet élargissement, découvrant son espace vital. Assuré et rassurant au début de l'enfance, par la présence et les soins des parents, il prendra pied peu à peu dans la société et plus tard, le cercle s'agrandissant, dans le monde. Que d'exercices de liberté représente cette croissance/propagation d'ondes/ouverture sans fin : épreuves, indécisions, contradictions, choix. La vie s'infléchira, se tracera, irréversible, au gré des libertés assumées, consenties, recherchées. Responsable de ma liberté, je sais en prévoir les risques, sortes de « non » opposés à un projet. Rôle du père ou de la loi ? L'être de liberté qu'est l'être humain peut-il se construire s'il n'a pas été aidé à trouver ce fond en « sortie de soi » qui le constitue ? Ainsi, les « pour quoi » en deux mots et « pourquoi » en un mot, buts de toute éducation seraient-ils atteints.
Marie-Danielle Grau
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